Quelques idées lecture – mars 2026

07/07/2023 – Editions au Carré

Dans la Villa Rivoli, perchée sur un promontoire rocheux le long de la côte de l’île San Pietro, en Sardaigne, habite Anna, un’artista au tempérament sauvage et solitaire. Très affectée par la mort de son père, elle se remet aussi difficilement de sa première peine d’amour.

L’arrivée inopinée de la pétillante et rousse Dominique, une Québécoise récemment retraitée, vient bouleverser les habitudes de la sculpteure, qui ne vit que pour son art.

Dans ce paysage ciselé par le soleil, les vagues et le vent du large, il y a aussi Georges, un immigrant originaire d’Afrique en quête d’une vie meilleure, et son jeune fils Bastien, un passionné de foot qui cherche à s’enraciner dans son nouveau pays d’adoption.

Malgré l’accueil réservé d’Anna, les deux femmes parviennent peu à peu à s’apprivoiser et à dévoiler chacune les ombres de leur passé. Leur amitié complice viendra insuffler un élan de joie à l’intérieur de la Villa et redonnera du sens à leur existence..

Mon avis :

Tout d’abord, merci à Babelio (https://www.babelio.com/livres/Sironi-Les-Femmes-de-bois) pour cette délicieuse découverte.

Anna, propriétaire de la Villa Rivoli, accueille à contrecoeur Dominique Canadienne récemment retraitée.

Anna est une sculptrice, en deuil de son père, d’une relation amoureuse et bientôt de sa dernière et superbe oeuvre.

Dominique, fuit son domicile et son mari pour faire une pause dans cette vie ou elle ne se reconnaît plus.

Malgré la rencontre initiale un peu épineuse entre ces deux femmes, l’alchimie de l’amitié va se mettre en place. En seront témoins, George et son fils Bastien, deux immigrés sénégalais habitués de la Villa Rivoli et le Père Mattéo amis de longue date d’Anna.

Avec ce langage descriptif exceptionnel, l’autrice nous partage la beauté de l’ile, ses paysages paradisiaques, sa météo flamboyante. Avec ses phrases poétique, elle nous promène autour de la Villa, dans le village et sur le port. Ses personnages vivants et sensibles jusqu’à l’écorchure nous attachent encore plus à cette histoire d’amour et d’amitié.

Quand à l’intrigue, elle se dévoile doucement dans un effeuillage au gré des vagues des évènements qui se déroulent tout au long du roman.

Ensoleillé et estival, ce roman est parfaitement adapté aux journées froides et pluvieuses d’hiver.

Un roman graphique qui nous concerne

Le syndrome de l’imposteur de Celine Bracq – Fanny Brian- Eric Giacometti

Editions Marabulles

Le syndrome de l’imposteur -que l’on devrait nommer le « phénomène de l’imposteur »- est connoté à tort « féminin ». Quand on parle de syndrome il y a quelque chose de l’ordre de la maladie, de la fragilité d’où cette idée féminine. Alors que si l’on parle de phénomène, on met en lumière des habitudes psychiques sociétales.

Avec ce syndrome on ne regardent pas le travail réalisé, les actions réussies, les victoires gagnées, mais on les minimise. C’est en faisant ce constat que les auteurs ont souhaité raconter ce syndrome sous forme de BD.

L’enquête pointue qu’ils ont fait pour décortiquer les rouages de cette dévalorisation intime, la lectrice que je suis a découvert combien nous étions nombreux-ses dans ce dispositif mental.

Avec cette analyse détaillée, j’ai mieux compris le regard que j’ai sur mes « réussites » et j’ai complètement adhéré au propos de cet ouvrage.

Ce roman rappelle que l’autosabotage n’est pas une solution, bien qu’elle soit fréquemment utilisée. Il décortique les mécanismes de nos éducations familiales et sociales.

Il est bon de rappeler que les discours que nous avons sur nos résultats positifs sont trop souvent faussés et que des personnalités -hommes comme femmes- ont vécu ce syndrome et l’ont apprivoisé.

Merci beaucoup à Babelio (https://www.babelio.com/livres/Giacometti-Le-Syndrome-de-limposteure/1960459) et aux éditions Marabulles (https://www.marabout.com/marabulles/) pour cette lecture précieuse.

Je vais la proposer évidemment à ma médiathèque et surtout l’offrir à quelques femmes et hommes qui en ont bien besoin.

Ps : Ce n’est pas pour rien que j’en parle dans mots et yoga, mais c’est bien parce que le yoga est aussi un élément de maitrise de ce syndrome.

Quelques idées lectures – janvier 2026

Douce France – Karine Tuil

160 pages -14/03/2008 – Le Livre de Poche / Littérature

« Du plus loin que je me souvienne, je me suis toujours sentie en situation irrégulière. Il me semblait qu’à tout moment quelqu’un pouvait surgir chez moi en hurlant : Police ! Contrôle d’identité ! Et me contraindre à le suivre. C’était absurde, personne n’avait songé à me mettre à la porte, mon casier judiciaire était vierge et je n’envisageais aucune action terroriste ».

La narratrice, un écrivain français de trente ans, est arrêtée par erreur avec des immigrés clandestins lors d’un contrôle d’identité sauvage. Mi-fascinée, mi-voyeuse, elle décide de se faire passer pour une immigrée roumaine et devient malgré elle victime de la machinerie bureaucratique. Placée dans un centre de rétention administrative de la région parisienne, elle découvre ces immigrés séquestrés qui tournoient dans l’attente hébétée d’une décision du juge : libération ou renvoi au pays, la tour de Babel des langues et des codes, le racisme entre noirs et arabes, la course à l’identité, n’importe laquelle, pourvu qu’on vous laisse en paix. Là-bas, elle va connaître des sentiments contradictoires, entre amour et crainte, pour un clandestin séducteur et manipulateur… Mais ces exilés la ramènent à son propre statut : fille de juifs d’Afrique du Nord, née en France, elle s’est toujours sentie en situation irrégulière.

Sur ce sujet ô combien d’actualité ! Karine Tuil pose les bonnes questions : pourquoi cherchons-nous à être aimés quand il suffirait qu’on nous tolère ? Quel prix à payer pour avoir la certitude d’être français ? Sommes-nous tous des immigrés ? L’auteur, qui a eu exceptionnellement accès au centre de Roissy, a écrit ici un roman coup de poing, à mi-chemin entre le pamphlet et la lettre d’amour aux siens. Un livre où Karine Tuil s’obsède à traquer l’assimilation impossible à la Douce France.

Mon avis : Sur un malentendu et une sideration, une jeune femme est arrêtée lors d’une raffle envers les immigrés clandestins. Son regard d’écrivain la fait basculer dans le mensonge et elle se fait passer pour roumaine. Elle va alors vivre ce que subissent les « clandestins » qui sont retenus dans les centres.

Ce roman est palpitant et terriblement réaliste. Cette femme se trouve engluée dans ce mensonge et perd pied face à la machine bureaucratique. Ce roman est dérangeant car la France, pays des droits de l’homme est,ici, regardée avec amertume et lucidité.

Ce roman court est à lire pour comprendre cette situation difficile et inhumaine des « retenus » immigrés clandestins.

Quelques idées lectures – février 2026

Blaise Cendrars

Le démon du voyage

Benoît Heimermann – 16/10/2025 – Editions Paulsen

Une biographie illustrée de Blaise Cendrars, chantre de la modernité.

Il a révolutionné la poésie à bord du Transsibérien, au plus loin des conformismes et au plus près des émotions. Perdu un bras armé à la guerre et gagné une liberté immodérée en échange. Déménagé vingt fois. Souvent mangé des pierres et toujours manqué de reconnaissance. Admiré l’impériale Saint-Pétersbourg et désespéré la populeuse New York. Rêvé d’expéditions en Russie et imaginé des Eldorados au Brésil. Bourlingué et voyagé plus souvent qu’à son tour. Accompagné les Delaunay et Chagall, influencé Léger et Modigliani, inspiré Miller et Dos Passos. Il a apprécié la compagnie des femmes. Celle, éphémère, de Tarsila do Amaral, la peintre, et celle, définitive, de Raymone Duchâteau, l’actrice. Il découvre le cinéma grâce à Abel Gance et l’architecture en compagnie du Corbusier. Il a fréquenté les paquebots et fantasmé les avions. Accompagné un tueur en série autour du monde et embarqué avec un milliardaire illuminé jusqu’aux confins polaires. Son œuvre littéraire n’est pas seulement foisonnante, elle est innovante. Du roman d’aventure aux confessions intimes, il a tout osé, tout essayé.

Blaise Cendrars tenait la remise en cause des acquis pour une nécessité, la curiosité pour une vertu cardinale et la joie de créer pour une raison d’exister.

Mon avis :

Reçu par le biais de Masse Critique (https://www.babelio.com/livres/Heimermann-Blaise-Cendrars) (et encore mille mercis) ce magnifique « beau livre » des éditions Paulsen et écrit par Benoit Heimermann est une oeuvre tout à fait accessible à tous sur l’étonnant Blaise Cendrars.

Dès l’introduction, sous forme d’épitaphe, le ton est donné sur ce personnage atypique :

« Au soir de sa vie, le temps s’accélérant, les commis en écriture, à leur tour, se bousculèrent à son domicile, pressés de recueillir in extremis les confidences de la pythie des espaces infinis. »

Ainsi est vu Blaise Cendrars -nom inventé par lui même- personnage qualifié de « fontaine de vies, un écrivain de légendes », tout cela au pluriel de ses expériences et des écrits.

Voyageant toute sa vie de l’est (la russie quand elle n’es pas encore l’URSS) à l’ouest (New York notamment qui lui inspirera un de ses plus beau texte) il affinera sa prose, et après la guerre qui lui ôtera un bras, sa personnalité.

De rupture familiale en rupture sociale (et aussi amicales) il se construira dans une époque incroyable de modernité en marche (notamment l’exposition universelle à Paris).

Vous citer toutes ses expériences serait bien trop long, et inutiles.

Car cet ouvrage raconte, avec force de sources illustrées ou écrites, l’évolution d’un immense poète moderne et loin des conformismes du début du XXème siècle. Proche d’artistes peintres, aimé des femmes, rencontrant des personnalités parfois troublantes, toujours étonnantes, ce voyageur infatigable s’est nourri de mille vies et ses créations en sont le reflet.

Bref, en lisant cet ouvrage intense vous serez immergé dans un voyage immobile étonnant. En tout cas c’est ce qui m’est arrivé. Bonne lecture

Mon coup de coeur d’Avril 2026

Les jardins du temps – Emilie Querbalec

Albin Michel Imaginaire – prix 21,90 € – Illustration Anouck Faure

Résumé éditeur :

Japon. Fin du XVIe siècle. Les troupes d’Oda Nobunaga donnent l’assaut sur le temple du Dieu-dragon, sur le mont Hiei. Pendant la bataille qui oppose les moniales aux troupes du seigneur de la guerre, une inestimable relique est brisée.

Quatre siècles plus tard, deux scientifiques spécialistes du temps sont convoqués par les autorités dans le cimetière de Mikageyama. Mariko Nakajima et Vedant Vinayakram découvrent là l’impensable : une tête tranchée a été trouvée dans une tombe, elle semble dater du Japon féodal. Et contre toute attente, elle donne toujours des signes de vie. Les relevés à proximité de la sépulture montrent que le temps s’y écoule très lentement.

Cette perturbation en annonce d’autres, bien plus dangereuses.

Mon avis :

Dans cette fresque historique qui se déroule sur 10 000 ans essentiellement dans l’archipel nippon, nous suivons une petit groupe de personnages. L’intrigue pourrait n’être qu’une enquête policière imprégnée de spiritualité proche du Bouddhisme et d’une approche scientifique.

Mais pas seulement.

Ici, Emilie Querbalec nous promène à différentes périodes dans des jardins où la circularité du temps est un outil plus ou moins chaotique pour traverser l’espace et les époques autrement.

Dès le début de cette histoire, on comprend que le Temps est le personnage principal protégé par des Gardiennes que nous retrouverons sous différentes apparences tout au long du roman.

Et c’est là le talent d’Emilie Querbalec qui en déroulant ce récit sur plusieurs époques, introduit des concepts qui auraient sûrement plu à Albert Einstein.

Alliant spiritualité, écologie et fantastique, l’autrice nous fait faire un pas de côté pour mieux comprendre combien nos actions ont un impact puissant sur notre planète.

Situant son roman au Japon, elle mêle des termes aux sens forts car multiples et son glossaire (que je vous invite à lire avant chaque chapitre) nous apporte un enrichissement imprévu et épanouissant.

Difficile de lâcher la lecture des Jardins du Temps. L’intrigue est découpée en Cercles, périodes indispensables à la compréhension de l’univers créé par Emilie Querbalec.

Et surtout, j’ai eu soif de connaître l’issue de la transformation de ces mondes ainsi que celle des personnages qui évoluent dans les jardins.

Je ne ressors pas indemne de cette lecture, j’en sors éblouie, joyeuse et reconnaissante à Emilie Querbalec d’avoir écrit cette histoire lumineuse et pleine d’espoir.